Fête de la science : le guide du CQFD

Du 5 au 13 octobre, à Lyon comme partout en France auront lieu des centaines d’activités scientifiques en tous genres accessibles à tous. Comme ça, d’un coup ça peut faire beaucoup, alors c’est pour ça que la rédaction du CQFD vous a concocté une petite liste d’incontournables sur le campus et des recommandations de nos membres :  

Chimie, maths et physique sur le campus  

Pendant la fête de la science, le campus aussi s’anime ! Venez donc faire de la chimie les mardi 8 ou samedi 12 dans le cadre de l’exposition Chimie@Home dans votre BU. Si la beauté des maths vous intrigue, vous pouvez également vous rendre à la maison du projet du 7 au 12 octobre pour l’exposition Myriagône. Si vous êtes plus intéressés par les grands espaces, rendez vous le 9 octobre de 10h à 18h au Bureau Information Jeunesse de Villeurbanne pour revivre la mission Apollo 11 ou de 18h à 20h à l’institut des 2 infinis pour une conférence sur l’infiniment grand. 

Le village des sciences, samedi 12 octobre à l’IUT Lyon1  

Le village des sciences c’est plein d’ateliers ouverts et accessibles à tous présentés par des labos et des étudiants, de l’IUT et de Lyon 1. Vous pourrez ainsi y découvrir la science avec des activités ludiques comme cet atelier sur l’œuf ou encore le jeu de l’Oie Scientifique. Le CQFD sera aussi présent pour vous faire découvrir les simplicités et les merveilles de l’évolution de façon ludique et visuelle.  

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La science taille XX Elles, du 3 au 13 octobre au Musée des confluences

“Je voudrais aller à cette exposition car on est bientôt en 2020, et quand on était dans les années 90/2000, 2020 c’était la révolution des mœurs, les voitures volantes et autres immenses progrès sociaux et technologiques. Mais au final, les femmes sont toujours minoritaires dans les domaines scientifiques liées à la technologie et à l’innovation. Si on prend par exemple Lyon 1, le ratio femme/homme de la filière informatique est en dessous de la moyenne nationale. Montrer des figures féminines qui réussissent dans les sciences, c’est déjà un premier pas vers du changement. (Surtout que l’évènement est accessible dès 11 ans donc ça c’est TOPITOP)”

  • Gino ; L2 Science de la Vie  

Une soirée à l’Observatoire, vendredi 11 octobre de 18h30 à 22h à l’Observatoire de Lyon 

“J’ai toujours aimé l’astronomie, mon TPE était sur les trous noirs. Je veux toujours en apprendre plus, même si je ne me sens pas de faire des études dans ce domaine, trop de maths… j’aurais bien aimé. Je trouve aussi que mieux connaitre notre univers nous fait prendre conscience que finalement tout ne se résume pas à notre seul système solaire. Bien au contraire.”

  • Tessa ; L1 PCSI  

9 milliards d’années d’histoire de la Terre ; jeudi 10 octobre à 20h à l’ENS de Lyon 

“Il y a quelque chose de vertigineux à s’imaginer comment fonctionne la Terre. A tenter de deviner ses mécanismes qui font et défont continents et climats. Des changements à des échelles difficilement représentables pour nos perceptions humaines. A cela s’ajoute le vertige du temps. L’histoire de la Terre se compte ainsi en milliards d’années, durées toutes aussi inimaginables. Quoi de plus passionnant alors que de s’entendre compter tout ce que l’on sait du passé et du futur de notre Terre ?”

  • Axel ; L2 Science de la Terre 

Ces virus qui nous habitent, le virome humain ; Jeudi 10 octobre 17h-19h médiathèque du Bachut 

“J’ai envie d’aller à cette conférence tout simplement parce que je trouve que le fait de ne pas voir quelque chose ne veut pas forcement dire qu’elle n’existe pas et encore moins qu’elle ne nous impacte pas ou qu’elle ne joue pas un rôle dans notre existence. Le virus a besoin d’un hôte pour se répliquer et on sait tous aujourd’hui que lorsqu’on est infecté par un virus on garde une certaine partie de son génome. Ce que je trouve fascinant c’est d’être porteur d’un virus sans forcément que celui-ci se révèle pathogène alors que dans certaines circonstances l’infection peut se déclarer. Cela joue un rôle dans la diversité génétique de tout à chacun, de plus avec le paroxysme de la résistance antibiotique les phages représentent un espoir, un avenir pour contrecarrer cette résistance.”

  • Myriam ; L2 Physiologie 

Le programme complet pour le Rhône et la métropole ici 

A la découverte d’un mal oublié : la fièvre jaune

Bonjour à tous ! Comme vous l’avez su dans le CQPS 30, cette semaine et jusqu’à la fin du mois, l’UE « Introduction à l’infectiologie » organise une expo en Thémis sur la fièvre jaune. Du coup, comme au CQFD on est toujours les premiers sur l’actu, on a décidé d’explorer cette malade sympathique pour en comprendre les enjeux.

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Ecologie, environnement… mais qu’est-ce que ça signifie au juste ?

« L’écologie », « l’environnement », « la pollution », et bien plus encore sont tout autant de termes que nous employons et entendons tous les jours un peu partout, au point de n’y faire plus attention laissant craindre une érosion de leur sens premier. Alors, mots galvaudés, usages erronés ou trahisons totales de sens ? Retour aux sources de ces mots courants aux cœurs d’enjeux cruciaux :

Si là, maintenant, tout de suite je vous demandais de me dire le plus rapidement possible tout ce que vous évoque le terme écologie, vous seriez très certainement en train de penser à Nicolas Hulot, à la protection des fleurs et des p’tits oiseaux ou encore aux Verts, à Greenpeace et autres organisations qui font de l’écologie politique (ça tombe bien, on en parlait récemment). Mais l’écologie ce n’est pas ça, enfin pas à l’origine. A ses prémices (comme on aurait pu le deviner au suffixe -logie), l’écologie était (et est toujours) une science. Fondée par le biologiste allemand Haeckel en 1869, celle-ci étudie le « vivant dans son milieu », s’intéressant donc aux interactions entre différentes espèces et leur milieu mais aussi entre-elles.

Pour ce qui est de la conception écologique exprimée plus haut qui consisterait en « la préservation de quelque chose », il s’agit d’une forme que l’on pourrait qualifier d’« écologie profonde ». Celle-ci prend en réalité sa source dans des racines plus anciennes que la science écologique : l’idée chrétienne que la nature est une création divine dont l’homme est le berger chargé de sa protection. Celle-ci s’est ensuite nourrie des trouvailles de l’écologie scientifique. Les équilibres nés de l’évolution mis à jour dans les écosystèmes furent fétichisés et considérés comme immuables. L’écologisme devenant la vénération de la nature avec le statu quo comme dogme universel. Dans cette conception, l’homme devient par essence le perturbateur qui dérègle ces équilibres désormais sacrés.  Plus proche d’une morale que d’une science donc.

L’environnement quant à lui désignait à l’origine un simple milieu géographique. La définition s’est ensuite étoffée pour y intégrer tout un système de relations et de champs physiques, chimiques et biotiques également reliés avec les dynamiques spatiales mais aussi sociales et économiques. La définition commune n’en est donc pas très éloignée, n’excluant pas cet « environnement » qu’il faut protéger de l’Homme qui fait nécessairement partie de ce tout.

En ce qui concerne la nature, ce n’est pas tant le concept qui s’est trouvé changé que son application sur la réalité qui s’en trouve limité. Par sa définition la plus basique, la nature est tout ce qui est extérieur à l’homme. Le naturel désignant ce qui n’a pas été influencé par lui par opposition à l’artificiel qui est de son dû. Le problème est alors de bien savoir placer la limite entre ce qui est naturel et ne l’est pas. Et c’est là qu’apparaissent les différences entre la définition réelle et son application dans l’usage courant.

Naturellement (si je puis dire) on aura tendance à dire qu’un stylo, une maison ou des OGM ne sont pas des choses naturelles mais qu’a contrario la forêt Amazonienne, le blé ou les oiseaux le sont évidemment ; mais ce n’est pas juste dans tous ces cas. Si des plants OGM sont qualifiés d’artificiels à cause de l’action directe du génie génétique, il n’en est en réalité pas moins des plants domestiqués « naturels » que nous consommons tous les jours et qui sont le fruit – à l’instar des animaux domestiqués – d’un long processus de sélection humaine, donc artificielle. De manière générale, depuis son apparition, l’espèce humaine n’a eu de cesse d’influencer son environnement, tout comme les autres espèces – bien que ce soit à un tout autre degré je vous l’accorde –, l’anthropisation de la planète est donc un phénomène à la fois généralisé et ancien. L’idée d’une nature vierge et immuable qu’il faudrait protéger (cf. l’écologie profonde) est une conception totalement erronée.

Pour conclure j’aimerais expliciter une chose : si cet article a pour but de clarifier certains termes en rappelant leur signification originelle et l’origine de leur signification actuelle qui peut parfois ne pas sembler très glorieuse, il ne s’agit en aucun cas de disqualifier la lutte écologiste ou l’engagement pour l’environnement. Être conscient de ces origines est au contraire une force qui permet de ne pas avancer à l’aveugle avec des termes mal utilisés. D’autre part, si un engagement dans l’écologie profonde porte une morale où le bonheur humain n’est pas au centre et donc ne respire pas l’humanisme, la protection de l’environnement se justifie tout de même d’un point de vue purement utilitariste puisqu’il existe une limite de son exploitation à ne pas dépasser pour notre propre bien.  Limite que les sciences s’évertuent depuis des années à tracer et qui risque malheureusement de ne cesser de se rapprocher sans actions concrètes et véritablement efficaces.

Axel F.

Intelligence artificielle et stupidité biologique

“Computers are like Old Testament gods: lots of rules and no mercy.”–Joseph Campbell

Bonjour à tous !

Cet article fait partie d’une série sur l’informatique, vue sous l’angle des concepts. On a vu précédemment :

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Dix raisons pour lesquelles il est facile de tromper les médias

La 11ème va vous surprendre…

Bonjour à tous !

Cet article sera le premier d’une série consacrée à la désinformation, à ses conséquences & à ses mécaniques. Il vient aussi s’intégrer à notre participation à la Fête de la Science, dont le thème national cet année est « Les idées reçues ».

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à un rapport sorti récemment nommé « The Oxygen of Amplification » ; il a été produit par Data & Society, un institut de recherche indépendant de New-York1, via entre autres des interviews avec des journalistes, et vise à trouver de meilleures méthodes journalistiques pour communiquer sur les extrémistes et manipulateurs qui traînent sur Internet, communément appelés « trolls », bien que ce terme ne soit pas tellement représentatif comme nous le verrons plus loin.

Un échantillon du comportement de “trolls” par gee (prononcez djee)

Du paradoxe du troll

Il se focalise plus particulièrement sur la période autour des élections américaines de 2016 pour avoir un pic d’activité à analyser ; en effet, à cette période, toute une galaxie de manipulateurs d’horizons divers a atteint une telle activité qu’elle devint, pour les journalistes, impossible à ignorer.

Pour autant, rédiger une actualité sur leurs (ex)actions – fausse information, campagne de harcèlement, ou théorie du complot – entraîne immédiatement une exposition supérieure de cette dernière : la portée d’une page conspirationniste est encore, dieu merci, inférieure à celle de la portée d’un journal.

S’est donc créé un paradoxe, comme le rapport le note : d’un côté, les conspirationnistes et leurs amis, accusant les médias de ne diffuser que des mensonges ; et d’un autre côté, ces mêmes médias servant de relai pour leur cause.

Des problèmes de conscience

On voit donc le problème : il est impossible aux médias d’ignorer certaines choses ; mais les transformer en actualité les renforce. Pourquoi ? Voici quelques points, évoqués par les journalistes interviewés et repris dans le rapport :

En parler augmente « l’intérêt » des campagnes de harcèlement et donc leur fréquence (« Oh, quand je fais ça les médias écoutent ? COOOL »), de même pour la désinformation. Il augmente au passage l’importance des acteurs concernés artificiellement (si tous les journaux parlent du même groupe de trois boulets dans un garage, ils ont l’air d’être plus nombreux que trois boulets dans un garage, surtout sur Internet où estimer le nombre n’est pas aisé).

Cela normalise et insensibilise les lecteurs (la « fatigue médiatique » qui se produit à force d’exposition aux mêmes actualités, comme par exemple les noyades en Méditerranée : un scandale au début, une atroce habitude à force), et risque d’augmenter la crédibilité de la fausse information (« s’ils en parlent en disant que c’est faux ça doit être vrai »).
Cela donne également le contrôle du narratif aux manipulateurs (« Jojo fait péter la campagne de harcèlement aujourd’hui on fait les gros titres ») et réduit des sujets complexes à des débats stériles (« le réchauffement climatique est un problème auquel nous DEVONS trouver une solution » transformé en « Est-ce que le réchauffement climatique existe » avec d’un côté les pour et de l’autre les contre).

Ne pas en parler, cependant, peut laisser le champ libre à des mensonges encore pires ; laisser passer une occasion d’éduquer le public, en expliquant par exemple ce qu’est le réchauffement climatique ; laisse le contrôle du champ culturel aux manipulateurs ; peut signifier qu’un autre journaliste va tomber sur le sujet et faire un mauvais article par manque de compréhension du sujet ; et surtout ne permet pas d’éliminer le problème.

Et structurels

Pour autant, les raisons citées ci-dessus ne permettent pas de résumer tout le débat. Entrent également en jeu des raisons plus prosaïques et proches du journaliste. Les statistiques en sont un premier point : en effet, de nos jours, il est très facile de mesurer la popularité d’un article, et ces mesures sont utilisés, entre autres, pour déterminer la visibilité d’un article sur les réseaux sociaux ou le prix des annonces. Comment s’étonner dès lors qu’il soit tentant de faire un article sur les « trolls » quand on sait que ce terme attire les clics ?

A ce titre, je vous conseille de lire l’excellent article de nextinpact, journal d’informatique dans tous ses aspects (nouvelles technologies mais aussi lois, enjeux, sciences) qui raconte leur expérience d’une journée sur les titres racoleurs : https://www.nextinpact.com/blog/93581-retour-sur-1er-avril-pas-comme-autres-vous-nauriez-jamais-imagine-suite.htm

xkcd fournit un bon exemple de ce à quoi aurait pu ressembler les siècles passés avec les analytiques d’aujourd’hui.

Plus subtils, mais non moins dangereux, deux autres points influencent lourdement la décision de publier ou non une information : le « journalisme itératif » (traduction littérale de l’auteur) et le faux équilibre médiatique.

Le « journalisme itératif » consiste à reprendre une information d’un autre journal, pour ne pas être à la traîne. Bien que cela puisse être très positif, si l’article à l’origine est bon – c’est, après tout, ce que je suis en train de faire – il peut être très dommageable pour peu qu’il s’agisse d’une in-faux-rmation.

Une vidéo d’horizon-gull sur une “infaux” récente répandue dans la presse française par la magie de ce principe.

Le faux équilibre médiatique consiste, lui, pour reprendre la définition de Wikipédia2, à « présent[er] un enjeu selon un équilibre entre deux points de vue opposés, alors que les faits ne pointent pas vers un tel équilibre. Ils peuvent ainsi exagérer l’importance d’une position minoritaire ou omettre de présenter des informations qui mettraient en évidence l’absence de fondement d’une position » ; exemples communs : créationisme VS « évolutionisme », réchauffement naturel VS réchauffement anthropique.

A lire à ce sujet, une opinion publiée sur le site du Guardian par Rupert Read, membre d’un « thinkthank », parlant de sa proposition d’interview par la BBC : https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/aug/02/bbc-climate-change-deniers-balance

Tout le problème, ici, est qu’il y a confusion entre un traitement équitable et un traitement égal. Il n’y a rien d’équitable à mettre sur le même plateau le créationisme et l’évolutionisme : l’un fait partie de l’édifice scientifique contemporain et est à ce titre plusieurs fois confirmé, quand l’autre n’est qu’issu de la croyance et ne s’appuie sur rien d’autre que la foi de ses partisans. Ce biais médiatique s’appuie également sur l’habitude que nous avons de chercher la justice au milieu de deux idées opposées, quand parfois ce milieu n’existe pas : ainsi entre un pro- et un anti-esclavage, la vérité ne se trouve pas dans un état semi-libre semi-prisonnier.

L’ensemble de ces problèmes évoqués plus haut est multiplié par la hiérarchie, qui si elle cherche à atteindre des quotas et des montants, risque de jouer le jeu des trolls ; mais aussi par la composition des rédactions, souvent composés de la même classe sociale : des hommes blancs plutôt favorisés, et ce à cause de la difficulté de rentrer dans le milieu journalistique sans passer par les écoles, qui sont coûteuses.

Des solutions au problème

Troll pas de l’Internet. Droits du screen : Unoficial Elder Scrolls Wiki

Comme vous le dira n’importe quel joueur d’Oblivion : contre les trolls, rien de tel que les boules de feu. Ah, on ne parle pas des mêmes ?

Proposées par le rapport

Il commence par proposer trois règles de base : vérifier que le contenu est intéressant au-delà de la communauté dont l’article parle ; vérifier que l’histoire a un intérêt pour la société, en ouvrant de nouvelles pistes de conversation, ou en donnant de nouveaux exemples pour une actuelle ; enfin, évaluer les potentiels dangers de ce qui est raconté. Par exemple, donner tous les détails d’une attaque terroriste peut juste inciter à de nouveaux actes, mais s’il s’agit de s’intéresser au parcours du tueur pour comprendre comment il en est arrivé là, alors c’est intéressant pour la société.

Les conseils suivants se centrent plus sur les spécificités des différentes catégories de contenus « trollesques ».

Réflexion additionnelle

Ce n’était pas l’objet du rapport, qui se concentrait surtout sur les « mainstream media » donc de centre-gauche ; mais il est utile ici de rappeler, comme le débat des fake news et les tentatives de classifications en France l’a fait ressortir, qu’il est outrageux, pour un journal, de se dire objectif.

Que ce soit Le Monde ou la BBC, pour ne citer que les deux noms que j’ai en sources, il ne peut y avoir de traitement complètement objectif des faits de société. Pourquoi ? En partie par ce qu’on vient d’expliquer avant : en sélectionnant les nouvelles, il contribue déjà à filtrer. Faut-il parler du dernier meurtre commis à Anvil, du background du tireur ? Ou est-ce un fait divers pourri ? Parle-t-on des enjeux de la manifestation ou de ses dérives ? En quelle quantité ?

Le juste milieu, ici, n’existe pas. Il est plus sain d’observer la situation d’un œil critique : par exemple, Le Monde (comme la BBC en passant) est libéral économiquement et socialement, comme peut le montrer ici cette capture d’écran3 :

Une proposition alternative à l’idéologie économique dominante est identifiée comme une « fausse question » et une manifestation dénonçant les propos du pape fait partie des titres les plus vus. Ce n’est pas très remarqué car c’est la position standard de la société : il est extrêmement difficile d’envisager des alternatives à un système économique aussi puissant que l’actuel, et il est dieu merci difficile d’envisager que les gens qui aiment différemment sont autre chose que des humains comme les autres.

Cependant, et c’est important, il faut faire ici une différence. Une différence entre l’absence de neutralité (condition par défaut) et la franche partialité. Ce n’est pas parce que Le Monde est orienté selon ces deux axes qu’il ne peut pas parler positivement d’une alternative, ou qu’il va détourner les faits pour les conformer à sa vision. En revanche, prenons au hasard FoxNews, c’est directement plus tendancieux (à ce sujet, regardez cet excellent reportage du Guardian).

Il faut, en tout cas, que le journal l’assume (ce qui n’est pas toujours le cas, rapport au Decodex par exemple : http://www.liberation.fr/debats/2017/02/05/decodex-decode_1546462) et que le lecteur en soit conscient : il n’y a pas toujours de juste milieu et les extrêmes n’ont pas toujours tort.


1 : https://datasociety.net/about/, consulté le 29/08/18

2 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Faux_équilibre_médiatique, consulté le 29/08/18

3 : https://grisebouille.net/fakir-contre-le-reste-du-monde/ j’inspire mes remarques de ce post de blog, qui contient d’autres exemples de fausse neutralité. Blog, qui, d’ailleurs, n’est pas neutre, et pour le coup, pas toujours objectif. Ses exemples faisant néanmoins sens, je les retiens.

Cent « j’aime » qui en disent long

« Connais-toi toi-même », vous connaissez ? Abandonnez la philo : un ordinateur et une poignée de likes peuvent le faire pour vous. Par contre, ça sera pour vous servir de la publicité… ou pire.

Vous savez sans doute qu’une part importante d’entreprises qui proposent des services, des applications ou des articles gratuits vivent de la revente des données qu’elles collectent sur leurs utilisateurs. Mais qu’en font-elles ? Quelles informations s’y cachent ? Réponse : votre personnalité.

Allo allo monsieur l’ordinateur1

« Perceiving and judging other people’s personality traits is an essential component of social living (1, 2). People use personality judgments to make day-to-day decisions and long-term plans in their personal and professional lives, such as whom to befriend, marry, trust, hire, or elect as president (3). The more accurate the judgment, the better the decision (2, 4, 5). »2

Pour vous le traduire : percevoir et juger la personnalité des autres est un composant essentiel de la vie sociale ; nous utilisons ces jugements chaque jour dans nos décisions et plans à long terme, tant dans notre vie professionnelle que personnelle, comme avec qui nous chercherons à être amis, à nous marier, à qui nous ferons confiance, qui nous embaucherons, ou élirons comme président. Plus le jugement est précis, et meilleur est la décision. Je laisse les liens dans la mesure où ils pointent vers d’autres études soutenant les affirmations présentées.

Bien qu’on pourrait croire qu’il s’agit d’une compétence exclusive à notre cerveau, l’étude montre une précision supérieure de l’algorithme, quelle que soit la proximité de la personne qui juge votre personnalité, sitôt que la quantité de likes que vous fournissez augmente.

Avec plus de 60, il bat vos amis, et avec plus de 150, votre famille. Pour être plus précis, voici un graphique tiré de l’étude :

Figure 1 : http://www.pnas.org/content/pnas/112/4/1036.full.pdf, page 3

Le jugement de l’algorithme sur la personnalité du sujet est comparé à celui obtenu avec un questionnaire de 100 questions permettant de la déterminer que le sujet a rempli lui-même. On fait remplir ce même questionnaire aux collègues, amis, etc. du sujet et on compare de la même manière.

« Big five »3

La personnalité est définie ici selon un modèle en cinq points nommé « Big five personality traits » : cette description en cinq axes de la personnalité est très utilisée de nos jours en psychologie. Les axes sont :

  • Ouverture, sous-entendu d’esprit (openness) ; imagination, capacité à chercher, accepter de nouvelles idées, à tenter de nouvelles choses.
  • Amabilité (agreeableness) : capacité à prendre soin des autres, à avoir de l’empathie, volonté d’aider, de soutenir les autres.
  • Extraversion (extraversion) : la capacité à rechercher la compagnie des autres, l’attention.
  • Capacité à être consciencieux (conscientiousness) : capacité à être autonome, organisé, tendance à avoir un comportement cadré, planifié, davantage que spontané.
  • Névrose (neuroticism) : capacité à éprouver des émotions négatives aisément, comme la colère, l’anxiété, la dépression… Une personne très névrosée est très sensible/nerveuse.

Comme on peut le voir, la précision est variable selon les traits de personnalité explorés. Ainsi, l’ouverture est la plus aisée à diagnostiquer, quand la névrose est la plus complexe. L’étude remarque que les jugements humains sont à peu près à l’opposé : il est assez facile de dire d’une personne si elle est sensible, quand il est beaucoup plus dur de juger son ouverture d’esprit, par manque de facteurs observables : les humains ne sont donc pas tout à fait dépassés (ouf).

En conclusion

Et ces profils, à quoi peuvent-ils bien servir ? Intégrées dans des modèles marketing, ils permettent de concevoir des messages à même de vous toucher, pour que vous soyez séduits par ce superbe baril de lessive, ce bel iPhone à 640 000 € ou même, de façon plus étonnante… ce candidat à la présidentielle4 qui ne vous intéressait pas a priori.

Elles peuvent également être utilisées par les assurances pour estimer le risque qu’elles courent à vous couvrir5 (une personnalité très portée sur l’ouverture et l’extraversion pouvant par exemple prendre plus de risques que l’inverse), et, à l’avenir, pourraient peut-être être utilisées pour juger d’un employé avant de l’embaucher. Qui voudrait d’un névrosé non consciencieux ? (À part nous bien entendu !)

1 : https://www.youtube.com/watch?v=lNI9falAtqY : ne me remerciez pas.

2 : http://www.pnas.org/content/112/4/1036 : tiré de l’étude

3 : https://en.wikipedia.org/wiki/Big_Five_personality_traits et https://www.verywell.com/the-big-five-personality-dimensions-2795422

4 : https://www.theguardian.com/technology/2017/oct/26/cambridge-analytica-used-data-from-facebook-and-politico-to-help-trump

5 : https://www.theguardian.com/technology/2016/nov/02/admiral-to-price-car-insurance-based-on-facebook-posts