A la découverte d’un mal oublié : la fièvre jaune

Bonjour à tous ! Comme vous l’avez su dans le CQPS 30, cette semaine et jusqu’à la fin du mois, l’UE « Introduction à l’infectiologie » organise une expo en Thémis sur la fièvre jaune. Du coup, comme au CQFD on est toujours les premiers sur l’actu, on a décidé d’explorer cette malade sympathique pour en comprendre les enjeux.

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Intelligence artificielle et stupidité biologique

“Computers are like Old Testament gods: lots of rules and no mercy.”–Joseph Campbell

Bonjour à tous !

Cet article fait partie d’une série sur l’informatique, vue sous l’angle des concepts. On a vu précédemment :

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Dix raisons pour lesquelles il est facile de tromper les médias

La 11ème va vous surprendre…

Bonjour à tous !

Cet article sera le premier d’une série consacrée à la désinformation, à ses conséquences & à ses mécaniques. Il vient aussi s’intégrer à notre participation à la Fête de la Science, dont le thème national cet année est « Les idées reçues ».

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à un rapport sorti récemment nommé « The Oxygen of Amplification » ; il a été produit par Data & Society, un institut de recherche indépendant de New-York1, via entre autres des interviews avec des journalistes, et vise à trouver de meilleures méthodes journalistiques pour communiquer sur les extrémistes et manipulateurs qui traînent sur Internet, communément appelés « trolls », bien que ce terme ne soit pas tellement représentatif comme nous le verrons plus loin.

Un échantillon du comportement de “trolls” par gee (prononcez djee)

Du paradoxe du troll

Il se focalise plus particulièrement sur la période autour des élections américaines de 2016 pour avoir un pic d’activité à analyser ; en effet, à cette période, toute une galaxie de manipulateurs d’horizons divers a atteint une telle activité qu’elle devint, pour les journalistes, impossible à ignorer.

Pour autant, rédiger une actualité sur leurs (ex)actions – fausse information, campagne de harcèlement, ou théorie du complot – entraîne immédiatement une exposition supérieure de cette dernière : la portée d’une page conspirationniste est encore, dieu merci, inférieure à celle de la portée d’un journal.

S’est donc créé un paradoxe, comme le rapport le note : d’un côté, les conspirationnistes et leurs amis, accusant les médias de ne diffuser que des mensonges ; et d’un autre côté, ces mêmes médias servant de relai pour leur cause.

Des problèmes de conscience

On voit donc le problème : il est impossible aux médias d’ignorer certaines choses ; mais les transformer en actualité les renforce. Pourquoi ? Voici quelques points, évoqués par les journalistes interviewés et repris dans le rapport :

En parler augmente « l’intérêt » des campagnes de harcèlement et donc leur fréquence (« Oh, quand je fais ça les médias écoutent ? COOOL »), de même pour la désinformation. Il augmente au passage l’importance des acteurs concernés artificiellement (si tous les journaux parlent du même groupe de trois boulets dans un garage, ils ont l’air d’être plus nombreux que trois boulets dans un garage, surtout sur Internet où estimer le nombre n’est pas aisé).

Cela normalise et insensibilise les lecteurs (la « fatigue médiatique » qui se produit à force d’exposition aux mêmes actualités, comme par exemple les noyades en Méditerranée : un scandale au début, une atroce habitude à force), et risque d’augmenter la crédibilité de la fausse information (« s’ils en parlent en disant que c’est faux ça doit être vrai »).
Cela donne également le contrôle du narratif aux manipulateurs (« Jojo fait péter la campagne de harcèlement aujourd’hui on fait les gros titres ») et réduit des sujets complexes à des débats stériles (« le réchauffement climatique est un problème auquel nous DEVONS trouver une solution » transformé en « Est-ce que le réchauffement climatique existe » avec d’un côté les pour et de l’autre les contre).

Ne pas en parler, cependant, peut laisser le champ libre à des mensonges encore pires ; laisser passer une occasion d’éduquer le public, en expliquant par exemple ce qu’est le réchauffement climatique ; laisse le contrôle du champ culturel aux manipulateurs ; peut signifier qu’un autre journaliste va tomber sur le sujet et faire un mauvais article par manque de compréhension du sujet ; et surtout ne permet pas d’éliminer le problème.

Et structurels

Pour autant, les raisons citées ci-dessus ne permettent pas de résumer tout le débat. Entrent également en jeu des raisons plus prosaïques et proches du journaliste. Les statistiques en sont un premier point : en effet, de nos jours, il est très facile de mesurer la popularité d’un article, et ces mesures sont utilisés, entre autres, pour déterminer la visibilité d’un article sur les réseaux sociaux ou le prix des annonces. Comment s’étonner dès lors qu’il soit tentant de faire un article sur les « trolls » quand on sait que ce terme attire les clics ?

A ce titre, je vous conseille de lire l’excellent article de nextinpact, journal d’informatique dans tous ses aspects (nouvelles technologies mais aussi lois, enjeux, sciences) qui raconte leur expérience d’une journée sur les titres racoleurs : https://www.nextinpact.com/blog/93581-retour-sur-1er-avril-pas-comme-autres-vous-nauriez-jamais-imagine-suite.htm

xkcd fournit un bon exemple de ce à quoi aurait pu ressembler les siècles passés avec les analytiques d’aujourd’hui.

Plus subtils, mais non moins dangereux, deux autres points influencent lourdement la décision de publier ou non une information : le « journalisme itératif » (traduction littérale de l’auteur) et le faux équilibre médiatique.

Le « journalisme itératif » consiste à reprendre une information d’un autre journal, pour ne pas être à la traîne. Bien que cela puisse être très positif, si l’article à l’origine est bon – c’est, après tout, ce que je suis en train de faire – il peut être très dommageable pour peu qu’il s’agisse d’une in-faux-rmation.

Une vidéo d’horizon-gull sur une “infaux” récente répandue dans la presse française par la magie de ce principe.

Le faux équilibre médiatique consiste, lui, pour reprendre la définition de Wikipédia2, à « présent[er] un enjeu selon un équilibre entre deux points de vue opposés, alors que les faits ne pointent pas vers un tel équilibre. Ils peuvent ainsi exagérer l’importance d’une position minoritaire ou omettre de présenter des informations qui mettraient en évidence l’absence de fondement d’une position » ; exemples communs : créationisme VS « évolutionisme », réchauffement naturel VS réchauffement anthropique.

A lire à ce sujet, une opinion publiée sur le site du Guardian par Rupert Read, membre d’un « thinkthank », parlant de sa proposition d’interview par la BBC : https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/aug/02/bbc-climate-change-deniers-balance

Tout le problème, ici, est qu’il y a confusion entre un traitement équitable et un traitement égal. Il n’y a rien d’équitable à mettre sur le même plateau le créationisme et l’évolutionisme : l’un fait partie de l’édifice scientifique contemporain et est à ce titre plusieurs fois confirmé, quand l’autre n’est qu’issu de la croyance et ne s’appuie sur rien d’autre que la foi de ses partisans. Ce biais médiatique s’appuie également sur l’habitude que nous avons de chercher la justice au milieu de deux idées opposées, quand parfois ce milieu n’existe pas : ainsi entre un pro- et un anti-esclavage, la vérité ne se trouve pas dans un état semi-libre semi-prisonnier.

L’ensemble de ces problèmes évoqués plus haut est multiplié par la hiérarchie, qui si elle cherche à atteindre des quotas et des montants, risque de jouer le jeu des trolls ; mais aussi par la composition des rédactions, souvent composés de la même classe sociale : des hommes blancs plutôt favorisés, et ce à cause de la difficulté de rentrer dans le milieu journalistique sans passer par les écoles, qui sont coûteuses.

Des solutions au problème

Troll pas de l’Internet. Droits du screen : Unoficial Elder Scrolls Wiki

Comme vous le dira n’importe quel joueur d’Oblivion : contre les trolls, rien de tel que les boules de feu. Ah, on ne parle pas des mêmes ?

Proposées par le rapport

Il commence par proposer trois règles de base : vérifier que le contenu est intéressant au-delà de la communauté dont l’article parle ; vérifier que l’histoire a un intérêt pour la société, en ouvrant de nouvelles pistes de conversation, ou en donnant de nouveaux exemples pour une actuelle ; enfin, évaluer les potentiels dangers de ce qui est raconté. Par exemple, donner tous les détails d’une attaque terroriste peut juste inciter à de nouveaux actes, mais s’il s’agit de s’intéresser au parcours du tueur pour comprendre comment il en est arrivé là, alors c’est intéressant pour la société.

Les conseils suivants se centrent plus sur les spécificités des différentes catégories de contenus « trollesques ».

Réflexion additionnelle

Ce n’était pas l’objet du rapport, qui se concentrait surtout sur les « mainstream media » donc de centre-gauche ; mais il est utile ici de rappeler, comme le débat des fake news et les tentatives de classifications en France l’a fait ressortir, qu’il est outrageux, pour un journal, de se dire objectif.

Que ce soit Le Monde ou la BBC, pour ne citer que les deux noms que j’ai en sources, il ne peut y avoir de traitement complètement objectif des faits de société. Pourquoi ? En partie par ce qu’on vient d’expliquer avant : en sélectionnant les nouvelles, il contribue déjà à filtrer. Faut-il parler du dernier meurtre commis à Anvil, du background du tireur ? Ou est-ce un fait divers pourri ? Parle-t-on des enjeux de la manifestation ou de ses dérives ? En quelle quantité ?

Le juste milieu, ici, n’existe pas. Il est plus sain d’observer la situation d’un œil critique : par exemple, Le Monde (comme la BBC en passant) est libéral économiquement et socialement, comme peut le montrer ici cette capture d’écran3 :

Une proposition alternative à l’idéologie économique dominante est identifiée comme une « fausse question » et une manifestation dénonçant les propos du pape fait partie des titres les plus vus. Ce n’est pas très remarqué car c’est la position standard de la société : il est extrêmement difficile d’envisager des alternatives à un système économique aussi puissant que l’actuel, et il est dieu merci difficile d’envisager que les gens qui aiment différemment sont autre chose que des humains comme les autres.

Cependant, et c’est important, il faut faire ici une différence. Une différence entre l’absence de neutralité (condition par défaut) et la franche partialité. Ce n’est pas parce que Le Monde est orienté selon ces deux axes qu’il ne peut pas parler positivement d’une alternative, ou qu’il va détourner les faits pour les conformer à sa vision. En revanche, prenons au hasard FoxNews, c’est directement plus tendancieux (à ce sujet, regardez cet excellent reportage du Guardian).

Il faut, en tout cas, que le journal l’assume (ce qui n’est pas toujours le cas, rapport au Decodex par exemple : http://www.liberation.fr/debats/2017/02/05/decodex-decode_1546462) et que le lecteur en soit conscient : il n’y a pas toujours de juste milieu et les extrêmes n’ont pas toujours tort.


1 : https://datasociety.net/about/, consulté le 29/08/18

2 : https://fr.wikipedia.org/wiki/Faux_équilibre_médiatique, consulté le 29/08/18

3 : https://grisebouille.net/fakir-contre-le-reste-du-monde/ j’inspire mes remarques de ce post de blog, qui contient d’autres exemples de fausse neutralité. Blog, qui, d’ailleurs, n’est pas neutre, et pour le coup, pas toujours objectif. Ses exemples faisant néanmoins sens, je les retiens.

Cent « j’aime » qui en disent long

« Connais-toi toi-même », vous connaissez ? Abandonnez la philo : un ordinateur et une poignée de likes peuvent le faire pour vous. Par contre, ça sera pour vous servir de la publicité… ou pire.

Vous savez sans doute qu’une part importante d’entreprises qui proposent des services, des applications ou des articles gratuits vivent de la revente des données qu’elles collectent sur leurs utilisateurs. Mais qu’en font-elles ? Quelles informations s’y cachent ? Réponse : votre personnalité.

Allo allo monsieur l’ordinateur1

« Perceiving and judging other people’s personality traits is an essential component of social living (1, 2). People use personality judgments to make day-to-day decisions and long-term plans in their personal and professional lives, such as whom to befriend, marry, trust, hire, or elect as president (3). The more accurate the judgment, the better the decision (2, 4, 5). »2

Pour vous le traduire : percevoir et juger la personnalité des autres est un composant essentiel de la vie sociale ; nous utilisons ces jugements chaque jour dans nos décisions et plans à long terme, tant dans notre vie professionnelle que personnelle, comme avec qui nous chercherons à être amis, à nous marier, à qui nous ferons confiance, qui nous embaucherons, ou élirons comme président. Plus le jugement est précis, et meilleur est la décision. Je laisse les liens dans la mesure où ils pointent vers d’autres études soutenant les affirmations présentées.

Bien qu’on pourrait croire qu’il s’agit d’une compétence exclusive à notre cerveau, l’étude montre une précision supérieure de l’algorithme, quelle que soit la proximité de la personne qui juge votre personnalité, sitôt que la quantité de likes que vous fournissez augmente.

Avec plus de 60, il bat vos amis, et avec plus de 150, votre famille. Pour être plus précis, voici un graphique tiré de l’étude :

Figure 1 : http://www.pnas.org/content/pnas/112/4/1036.full.pdf, page 3

Le jugement de l’algorithme sur la personnalité du sujet est comparé à celui obtenu avec un questionnaire de 100 questions permettant de la déterminer que le sujet a rempli lui-même. On fait remplir ce même questionnaire aux collègues, amis, etc. du sujet et on compare de la même manière.

« Big five »3

La personnalité est définie ici selon un modèle en cinq points nommé « Big five personality traits » : cette description en cinq axes de la personnalité est très utilisée de nos jours en psychologie. Les axes sont :

  • Ouverture, sous-entendu d’esprit (openness) ; imagination, capacité à chercher, accepter de nouvelles idées, à tenter de nouvelles choses.
  • Amabilité (agreeableness) : capacité à prendre soin des autres, à avoir de l’empathie, volonté d’aider, de soutenir les autres.
  • Extraversion (extraversion) : la capacité à rechercher la compagnie des autres, l’attention.
  • Capacité à être consciencieux (conscientiousness) : capacité à être autonome, organisé, tendance à avoir un comportement cadré, planifié, davantage que spontané.
  • Névrose (neuroticism) : capacité à éprouver des émotions négatives aisément, comme la colère, l’anxiété, la dépression… Une personne très névrosée est très sensible/nerveuse.

Comme on peut le voir, la précision est variable selon les traits de personnalité explorés. Ainsi, l’ouverture est la plus aisée à diagnostiquer, quand la névrose est la plus complexe. L’étude remarque que les jugements humains sont à peu près à l’opposé : il est assez facile de dire d’une personne si elle est sensible, quand il est beaucoup plus dur de juger son ouverture d’esprit, par manque de facteurs observables : les humains ne sont donc pas tout à fait dépassés (ouf).

En conclusion

Et ces profils, à quoi peuvent-ils bien servir ? Intégrées dans des modèles marketing, ils permettent de concevoir des messages à même de vous toucher, pour que vous soyez séduits par ce superbe baril de lessive, ce bel iPhone à 640 000 € ou même, de façon plus étonnante… ce candidat à la présidentielle4 qui ne vous intéressait pas a priori.

Elles peuvent également être utilisées par les assurances pour estimer le risque qu’elles courent à vous couvrir5 (une personnalité très portée sur l’ouverture et l’extraversion pouvant par exemple prendre plus de risques que l’inverse), et, à l’avenir, pourraient peut-être être utilisées pour juger d’un employé avant de l’embaucher. Qui voudrait d’un névrosé non consciencieux ? (À part nous bien entendu !)

1 : https://www.youtube.com/watch?v=lNI9falAtqY : ne me remerciez pas.

2 : http://www.pnas.org/content/112/4/1036 : tiré de l’étude

3 : https://en.wikipedia.org/wiki/Big_Five_personality_traits et https://www.verywell.com/the-big-five-personality-dimensions-2795422

4 : https://www.theguardian.com/technology/2017/oct/26/cambridge-analytica-used-data-from-facebook-and-politico-to-help-trump

5 : https://www.theguardian.com/technology/2016/nov/02/admiral-to-price-car-insurance-based-on-facebook-posts

Votre ordinateur, cette cellule bourrée d’organites

Il y a des jours, comme ça, où on se lève en se disant « Hé ! Et si je faisais un article sur les systèmes d’exploitation ? ». En fait, j’ai surtout adoré ce comic de xkcd (https://xkcd.com/676/) et je voulais vous en parler. Alors, de quoi qu’il cause ?

Je suppose que vous connaissez tous le terme processeur : la partie de l’ordinateur chargée de réaliser tous les calculs nécessaires à son fonctionnement. La manière dont ils réalisent les calculs et les instructions qu’on peut leur demander sont définies par leur architecture : ici, l’architecture du processeur concerné est « x64 » plus exactement « x86-64 ».

Sans trop rentrer dans les détails compliqués :

  • L’architecture x86 a été nommée d’après le processeur Intel 8086 en 1978. C’est celle qui a vu le développement de l’informatique grand public.
  • L’architecture x86-64, parfois abrégée en x64, est la version 64 bits de l’architecture x86. Elle permet entre autres de gérer des quantités de mémoire vive supérieure (au-delà de 4 Go). Elle est relativement récente puisqu’elle a été introduite en 2000 par AMD.
  • Une autre architecture très répandue : ARM ; c’est celle que tous les mobiles (smartphones, tablettes) emploient. Elle existe également en version 32 et 64 bits.

Illustration 2: schéma de la machine de Turing

Mais à quoi sert ce processeur ? On avait parlé dans un article précédent (et ui tout est lié) de la machine de Turing. Je vous mets un petit schéma bilan pour les deux du fond qui suivent pas (je vous ai vus !)

Eh bien, un processeur, c’est un peu la tête de lecture, la table de transition, son « langage » étant défini par son architecture. Si vous vous demandez ce que devient le ruban, c’est la mémoire vive qui en fait office. Vous savez, la RAM, comme dans « ça rame » ?

Bon, on ne devrait utiliser ce terme que dans un cas précis : quand cette brave RAM est complètement saturée parce que vous avez essayé de lancer Gimp, LibreOffice, Firefox, Thunderbird en même temps que vous faisiez un rendu sous Blender (si vous ne voyez pas de quels logiciels il s’agit je vous laisse cliquer sur leur nom pour voir leur fiche Wikipédia).

Mais je m’égare (a, faubourgs de Carthage) : revenons au sujet. Si notre machine de base est complète, alors à quoi sert tout le reste de ce qui est évoqué dans la BD ? Si vous avez regardé la vidéo du second article, vous sauriez qu’il est possible de concevoir une machine de Turing universelle, capable de faire fonctionner ce que n’importe quelle autre machine de Turing pourrait faire fonctionner.

Eh bien, c’est sur ce principe qu’a été conçu l’informatique moderne, pour qu’un programme puisse s’exécuter sur plusieurs ordinateurs au lieu d’un. C’est le rôle de tous les composants qu’on va évoquer maintenant ! On parle, à ce sujet, d’ « abstraction ».

XNU est le noyau du système d’exploitation qu’utilise Randall (l’auteur de xkcd), à savoir macOS. Les autres noyaux communs sont Windows NT (je vous laisse deviner à quel système il appartient…) et Linux (base des systèmes GNU/Linux mais aussi… d’Android !). Le noyau traduit les demandes qu’il reçoit en instructions pour le processeur. Vous comprenez maintenant pourquoi on ne peut pas installer « simplement » Windows 10 x64 sur une tablette par exemple : le noyau transmettrait des instructions x86-64 à un processeur ARM, qui ne comprendrait rien. Le noyau Linux d’Android, vous l’aurez compris, a été adapté pour les processeurs ARM (sans quoi il ne marcherait pas mieux).

Le noyau répond à un jeu d’instructions nommé POSIX : le sens de l’acronyme importe peu, mais c’est une norme définie pour assurer une compatibilité entre les systèmes descendant d’Unix. Encore un mot que vous comprenez pas ? Well : Unix, c’est le papi des systèmes d’exploitation. Ses petits-enfants sont, entre autres, macOS et le monde foisonnant des GNU/Linux.

POSIX prend ses instructions auprès de Darwin, un système d’exploitation minimal qui est commun à tous les OS d’Apple (tvOS, watchOS, macOS, etc.). Avantage : le développement de ces systèmes est simplifié. Darwin prend ses ordres auprès de macOS.

Mais on ne s’arrête pas là ! En effet, il est sur une page web et il utilise Firefox. Il s’avère que les navigateurs utilisent également un « noyau », qu’on nomme ici « moteur de rendu ». Son travail est de transformer le langage de conception des sites web (enfin, les : CSS pour la mise en forme, HTML pour la structure et JavaScript pour les interactions) en instructions compréhensibles par le système (qui traduira pour Darwin, qui traduira pour POSIX, qui traduira pour le noyau, qui traduira pour le matériel)

Illustration 3: récapitulatif des moteurs de rendu par navigateur & système

Je vous ai fait un petit tableau pour voir un peu quel navigateur utilise quel moteur de rendu. Vous remarquerez que j’ai écrit Android dans la ligne « ARM » au lieu de « OS mobiles » : en effet, sur iOS, il est tout bonnement impossible d’employer un moteur de rendu différent de celui de Safari ; tous les « navigateurs » pour iOS demandent donc à Safari le rendu des pages. Pour votre culture perso, Blink est dérivé de Webkit ; comme vous le remarquerez, ça laisse donc peu de moteurs de rendus différents, ce qui n’est pas sans poser problème… mais ça, on en parlera dans un autre article : finissons celui-ci.

Je reprends à SFR sa catchphrase : et c’est pas fini ! En effet, Randall a la mauvaise idée de regarder une vidéo en flash. Cette techno, appréciée pendant un temps, s’est transformée depuis une paire d’années en cancer du web à éliminer.

En effet, Flash constitue en quelque sorte un moteur de rendu dans le moteur de rendu pour interpréter les objets flash qu’on trouve parfois encore sur certains sites web. C’est donc particulièrement lourd ; et c’est en plus dangereux quand on sait que Flash est bourré de failles de sécurité. Il ne peut pas être isolé proprement comme le sont vos pages web, en tant que moteur de rendu, et laisse donc la porte ouverte à des attaquants pour faire des vilaines choses à votre ordi. Sad.

Je vous ai réalisé un joli schéma pour résumer ce qu’on a vu dans le cas de Randall :

Illustration 4: un petit résumé des couches de l’oignon

Je suppose que le titre vous est plus clair maintenant !