Les échappées littéraires : Au Sommet D’une Dune

Avec cette publication, nous inaugurons aujourd’hui l’ouverture de nouvelles colonnes sur notre site, entièrement dédiées à la création. Chaque week-end retrouvez un nouveau texte (ou encore d’autres choses, qui sait) de la part de l‘atelier d’écriture de la Mission Culture, mais aussi des créations originales de nos adhérent·e·s.

Bonne lecture !

Au sommet d’une dune 

Pourquoi t’es-tu retiré si loin des hommes ? Tu es venu à moi qui n’ai rien d’autre à t’offrir qu’une mort douloureuse. Affamé ou étouffé par la chaleur, c’est cela ton destin si tu décides de rester ici… Tu ne m’entends pas, mais je suis là. Je te vois, t’écoute et te ressens. Je t’accompagnerai en silence vers la mort que tu as choisie. 

Tu t’assois sur une dune. Tu as opté pour celle-là, elle n’a pourtant rien de particulier. Comme toutes les autres, elle n’est qu’un amas de sable façonné par le vent. Mais ton choix est fait, cela se fera ici. Il est temps maintenant de commencer le rituel. En premier lieu, ton offrande : l’eau dont cette terre manque tant. Tu la verses en petites gouttes d’abord, mais le flot de sanglots ne tarde pas. Je recueille l’eau, mais laisse le sel comme preuve de ton passage, de ton existence pour dire que tu as été là, sur ta dune. 

Tes larmes me racontent ton histoire. L’amour, c’est ce qui t’amène ici. Tu as aimé, de cet amour pur, passionné et dévoué. Elle t’a aimé elle aussi. Pendant un moment vous avez été heureux. La chaleur du désert en finit vite avec tes pleurs. Tu t’endors maintenant, éreinté par ton voyage. Il ne fait pas encore nuit, tu profites encore de la chaleur du soleil sur ta dune.  

Il a l’air tellement plus beau maintenant. 

Les hommes se disent cela lorsque la fin est proche, tout devient plus beau à la fin. Le rituel est en bonne voie. La nuit te fait regretter maintenant l’enfer de la journée. Recroquevillé sur toi-même, sans trembler, comme pour absorber le froid et supporter le lendemain, tu t’endors paisiblement.  

Au deuxième jour de ton supplice, tu t’éveilles presque brûlé par le soleil. Maintenant calme et apaisé de savoir que ta vie va bientôt s’achever, tu prends le temps d’observer. Tu tâtes ta forteresse en te disant qu’elle sera bientôt ta tombe, que tu feras partie d’elle alors. Tu contemples les dunes voisines en te demandant si elles aussi portent le souvenir d’amants dont l’unique amour s’est éteint comme le tien. Une mort lente et douloureuse, c’est cela que tu as voulu en venant ici. Elle tarde à venir dans ces endroits reculés. Le soleil aura le temps de dérober toute ton eau avant qu’elle n’arrive. 

Tu t’allonges et repenses à celle qui t’a fait venir ici. Le souvenir de son visage pâle te remet les idées en place, tu es ici pour la rejoindre. Qu’attends-tu pour le faire ? Tes larmes coulent sur ta dune et lui donnent un aperçu de son futur compagnon. Tu la caresses puis la griffes, prends un bout de sa chair et le jette au loin. Tu t’acharnes sur elle, crie comme si elle te l’avait prise. 

Épuisé, tu t’arrêtes enfin et t’étales sur elle. Elle te prend dans ses bras, te prend en pitié et décide de t’achever. Tu as finalement bien choisi ta dune. Elle te prend en elle. Ce n’est pas un sol aride et dur que tu ressens, mais l’étreinte d’une amie douce et chaleureuse qui vient te soulager. Elle t’enlace et tu te laisse aller.  

Tes yeux se ferment, ton cœur s’arrête de battre, ton vœu est exaucé. Bientôt, le vent poussera le sable sur tes membres. Ton âme rejoint maintenant ta bien-aimée, mais ton corps restera à jamais dans cette dune que tu as choisie, au milieu du désert sur lequel je veille. 

Asmaa Lahmer