Familles Disparues, Épisode 2: Les Spinosauridés

            Bonjour et bienvenue dans ce second épisode dédié à nos chers animaux disparus, et désolé  du petit délais géologique depuis le dernier article ! Aujourd’hui nous parlerons d’énigmatiques prédateurs aux vertèbres surdéveloppées et au museau de crocodiles, j’ai nommé : les Spinosauridés !

Pour commencer, définissons ce que sont ces animaux. D’un point de vue phylogénétique,ce sont des Dinosaures Saurischiens Théropodes Carnosaures et leur groupe frère sont les Mégalosauridés. Quant à leur nom, il  signifie Lézards à pointes. Pourquoi donc? Et bien parce que leurs vertèbres possèdent une épine très développée, sur lesquelles vont  s’attacher une voile dorsale .

Deux autres critères permettent de les reconnaître: leurs mâchoires allongées possédant des dents coniques, et la griffe de leur premier doigt de la main très développée. Tout ça se retrouve associé àun régime alimentaire piscivore, c’est-à-dire à base de poisson. De plus, on remarquera que leurs naseaux étaient placés en amont du crâne, ce qui leur aurait permis d’avoir le museau dans l’eau sans se noyer, non sans rappeler les crocodiles actuels.

Parlons de distribution maintenant. Certains d’entre eux vivaient dans “l’ancien monde”, plus précisément en Afrique et un peu en Europe, tandis que d’autres se sont retrouvés à fouler les terres d’Amérique du Sud. A l’époque, leur environnement était plutôt humide et riche en poissons, parfois de très grande taille. Leur régime alimentaire leur permettait de ne pas trop entrer en compétition avec le reste des prédateurs de leur époque, sauf parfois en période de sécheresse comme nous avons pu le voir lors de l’épisode précédent.

Aujourd’hui, nous ferons l’étude de cas de 3 Spinosauridés, dont un sera en très grande partie développé par le président même du CQFD!

Spinosaure

Dans l’imaginaire collectif, les spinosauridés, ou en tout cas leur représentant éponyme, le Spinosaure (Spinosaurus aegyptyacus), sont probablement l’une des familles les plus populaires et connues du grand public, juste après les Tyrannosauridés et son Tyrannosaurus Rex. Probablement même qu’une partie de cet amour qui lui est porté trouve sa source dans une rivalité de paléofags (fans de dinosaures) de cour de recrée avec le T.Rex. “Spinosaure est au T.Rex ce que Sasuke est à Naruto’’, ou presque, vous voyez l’idée !

Notre ami à crête dorsale n’en reste pas moins une belle grosse bête à crocs et à griffes comme le grand public en aime tant, ce qui n’est sans doute pas étranger à sa popularité. Cependant un autre mot qui est indissociable de cette famille et son histoire c’est bien la frustration, que ce soit celle des découvreur de l’Irritator, des fanboys du T.Rex devant Jurassic Park 3 ou des paléo-artistes qui  s’arrachent les cheveux aux grés des nouvelles reconstructions et les querelles qui les entourent.

Historiquement parlant déjà, notre ami à crête dorsale se trouve dans un immense chaos. Tout d’abord, les tout premiers restes bien complets retrouvés en Egypte ont tous été détruits sous les bombes de la Seconde Guerre Mondiale s’abattant sur Munich. Heureusement les talents de dessin et de description de Stromer (son découvreur) ont permis de conserver cet holotype (individus de références pour la description de l’espèce). Initialement reconstruit comme une sorte de tyrannosaure a crète terrestre, la découverte de contenu stomachaux chez ses cousins, ainsi que des études isotopiques (notamment menée par un chercheur lyonnais, Romain Amiot) on permit d’établir avec peu de doute un régime piscivore et un mode de vie semi-aquatique.  Mais c’est à Nizar Ibrahim qu’est décernée la médaille de la discorde, sa proposition d’un  néo-type (pour remplacer celui de Stromer) ultra-aquatique (queue plus développée, membres moins longs, etc…) et très médiatisée du chouchou du président du CQFD, provoque encore aujourd’hui l’effervescence parmi les paléontologue. Notamment par ses méthodes un peu iconoclaste et sa tendance à vouloir fusionner les espèces et les genres, affirmant entre autres qu’Oxalaïa, un autre spinosauridé proche morphologiquement, mais vivant au Brésil, n’est en réalité qu’une population de Spinosaurus aegyptiacus ayant traversé l’océan.

Baryonix

Voici un taxon  bien de chez nous! En effet, Baryonix est un spinosauridae européen du Crétacé Inférieur ayant sévi dans des régions comme l’Angleterre ou encore l’actuelle péninsule ibérique (Espagne/Portugal). Bien que moins impressionnant que son cousin égyptien, nous le connaissons bien mieux. En effet, nous avons une bonne connaissance de son régime alimentaire par exemple, grâce à des fossiles de poissons et de jeunes Iguanodons retrouvés à l’emplacement de ce qui correspondait à l’estomac de Baryonix. Des preuves montreraient aussi que les dinosaures de cette famille auraient été capables de capturer des reptiles volants, ce qui constitue un régime alimentaire peu commun parmi les théropodes, bien que tous pouvaient théoriquement de manière exceptionnelle en capturer.

Cependant, beaucoup l’ont confondu et font encore l’erreur de le prendre pour d’autres spinosauridae lui ressemblant, tel que Suchomimus, un cousin très proche africain. Cette confusion vient du fait que certains taxons lui ressemblent tellement que les phylogéniste ont parfois considéré d’autre dinosaures que Baryonix comme des espèces d’un genre Baryonix, avant de plutôt opter pour la création d’autres genres tels que Suchomimus ou encore Cristatusaurus.

Irritator

Dans le nouveau monde aussi on peut retrouver des Spinosauridae, comme Oxalaia, un taxon terriblement ressemblant au premier dont on a parlé… Mais ce n’est pas lui que l’on traitera ici, mais Irritator. Son nom bien particulier tire son origine de sa description qui fût… chaotique disons-le clairement. En effet, ce dinosaure irrita fortement les paléontologues qui travaillèrent sur lui car ces derniers ont acheté le seul fossile connu d’Irritator connu. Un crâne, vendu par des contrebandiers, qui avaient falsifié le fossile en ajoutant des morceaux de plâtre pour faire grimper les prix. Son nom d’espèce vient quant à lui du personnage du docteur Challenger, du roman Le Monde perdu, d’Arthur Conan Doyle.

La préservation de qualité du fossile restant a cependant permis aux paléontologues de renforcer l’idée que les Spinosauridae étaient des prédateurs au moins partiellement piscivores (mangeurs de poissons). En effet, cela a pu être démontré par des études de modélisation 3D du fossile, montrant une structure crânienne adaptée aux mouvements rapides et précis du crâne vers le bas, ainsi qu’améliorant la précision de la vue de l’animal.

Enfin, le manque de fossiles d’autres parties du corps installe le doute quant à sa place dans la phylogénie des Spinosauridae. En effet, certains estiment qu’il pourrait s’agir d’un Angaturama, un contemporain d’Irritator au Brésil au Crétacé moyen. Tandis que d’autres proposent même qu’il pourrait s’agir d’une autre espèce du genre Spinosaurus.

Au plaisir d’être revenu sur une des famille les plus populairement chaotique de la paléontologie, de la part d’un Naturaliste Sociopathe et d’Axel F., Président du CQFD.

Bibliographie, pour aller plus loin :

https://www.deviantart.com/teratophoneus (Imagerie)

https://spinosauridae.fr.gd/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Baryonyx

http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/Baryonyx/fr-fr/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Irritator

https://paleobiodb.org/classic/checkTaxonInfo?taxon_no=64273&is_real_user=1
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32518236/
https://www.researchgate.net/publication/279259555_On_Dinosaur_Thermophysiology_Comment_on_Dinosaur_Fossils_Predict_Body_Temperature
https://www.researchgate.net/publication/222701029_Oxygen_isotopes_from_biogenic_apatites_suggest_widespread_endothermy_in_Cretaceous_dinosaurs
https://www.nationalgeographic.com/science/2020/09/case-for-river-monster-spinosaurus-strengthened-by-new-fossil-teeth/
https://www.altmetric.com/details/1391345/blogs

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https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371%2Fjournal.pone.0144695
https://peerj.com/articles/1323/

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